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Cette rubrique est le lieu de débat de sujets d'actualité, parfois en lien avec des problématiques difficiles à vivre au quotidien pour le pharmacien. Régulièrement un nouveau thème vous sera proposé. N'hésitez pas à nous écrire pour nous donner votre avis !

Relations interprofessionnelles - Ordonnances embarrassantes - Gratuité et rémunération - Questions autour du monopole pharmaceutique - Rôle du pharmacien à l'heure du numérique - Les pharmacies "low cost"....

L’emploi : chemin d’inclusion des personnes fragilisées

novembre 2019

Il y a des questions qui de temps en temps vous traversent la tête et qui, faute de temps, sont laissées de côté. Puis elles nous rattrapent et nous mettent un jour au pied du mur. Celle qui est abordée ici, concerne la place dans le monde du travail des personnes plus fragilisées quelle qu’en soit la cause : handicap visible ou invisible, personne sans domicile fixe, sortant de prison, réfugié, etc.

Durant la Semaine européenne des personnes en situation de handicap, de nombreux débats ont été organisés en vue de développer des politiques d’emploi inclusives ; en effet notre société continue de résister aux incitations de toutes sortes pour leur offrir d’autres lendemains que l’exclusion ou l’assistance. Car quel est le lieu essentiel qui peut leur garantir une véritable reconnaissance, sinon celui du travail ? Deux chiffres en disent long sur la ségrégation qui sévit en France : le taux de chômage des personnes en situation de handicap est de 18%, soit le double de celui de la population ordinaire ; leur taux d’emploi avoisine les 3.5% dans le secteur privé, et 5.6% dans le secteur public, et cela en dépit des évolutions sociétales et juridiques.

Professionnels de santé, nous constatons chaque jour les souffrances vécues par ces personnes en situation de handicap, de la même manière que nous sommes témoins de l’isolement de nombreuses personnes âgées. Jusqu’à quand notre société induira-t-elle de telles exclusions, qui sont des dénis de fraternité et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, des pertes d’efficacité ? Car les employeurs qui ont fait le choix d’engager des personnes handicapées, comme le demande la loi, se félicitent d’avoir osé un tel pari. Pour deux raisons principales : d’une part, ces personnes sont remarquables par le sérieux qu’elles mettent à accomplir les tâches demandées ; outre les qualifications qu’elles ont pu obtenir au cours de leur formation, elles font preuve d’un fort investissement au niveau des postes qui leur sont confiés. D’autre part, ces personnes transforment leur milieu de travail et c’est « l’effet secondaire » le plus surprenant ; l’enthousiasme avec lequel elles se joignent aux autres, et développent chez eux des capacités relationnelles nouvelles, est contagieux. De là un véritable changement de regard sur le monde du handicap – qui peut demain nous concerner tous. Leur offrir de vivre dans un « milieu ordinaire » de travail, pourvu que les adaptations et compensations nécessaires y soient apportées, est le plus beau présent à leur faire, car c’est être au plus près de la vie sociale qu’elles ont le même droit que tous de vivre.

Quelques associations - relais (par exemple UP Emploi – Ensemble pour avancer ou Vivre et Travailler Autrement)[1] assurent un accompagnement des personnes pendant quelques semaines avant une recherche d’emploi, histoire de les aider à trouver confiance en elles, leur faire prendre conscience de leurs compétences et favoriser le développement de leurs capacités relationnelles. Ces formations comportent une semaine d’immersion accompagnée par un bénévole en entreprise en vue de la découverte d’un métier, d’une entreprise ou d’un secteur ; elles garantissent enfin un suivi personnalisé et une évaluation afin de réaliser les ajustements nécessaires.

Si le travail est pour nous une occasion d’épanouissement personnel et une possibilité de donner plus de sens à nos vies, il est pour ces personnes une véritable thérapie. L’entreprise qu’est l’officine peut être un lieu de découverte du travail d’équipe, un lieu d’apprentissage vers une plus grande autonomie, comme un lieu de prise de responsabilité. Accueillir une de ces personnes pendant une semaine ou l’embaucher après une période d’essai constitue un véritable acte citoyen témoignant de l’attachement aux valeurs humanistes fondamentales du soin et de la fraternité.

Le Conseil de l’Association Française des Pharmaciens Catholiques


[1] https://fr.ulule.com/up-emploi/news/

 

Les dernières trouvailles de l’industrie

août 2019

A l’heure actuelle, de nombreux économistes se penchent sur la question du devenir de notre système de santé. Mais ils ne sont pas les seuls ! Ainsi Medtronic, le n°1 mondial des implants, après avoir réussi à s’implanter (!) dans les hôpitaux, comme l’ont démontré des journalistes d’investigation, cherche aussi à faire évoluer notre système de Sécurité sociale à partir d’un concept plutôt nébuleux : la « valeur en santé ».

Cette notion a été inventée par Michael Porter, professeur de stratégie d’entreprise et consultant, notamment auprès de Medtronic. Elle n’aurait bien sûr comme objectif que de « faire progresser le système de santé » en diminuant notamment « le coût moyen des soins sur chaque patient »… [1]. Et la présidente de Medtronic France de déclarer vouloir positionner son groupe « dans l’écosystème de la santé français, de passer de fournisseur à un offreur de solutions, et surtout, à un partenaire à part entière ». Langue de bois qui ne cherche qu’à séduire, à l’heure où on perçoit les limites de notre système, en raison de l’explosion des dépenses de santé directement liée aux avancées technologiques.

On sait que, depuis la commercialisation du sofosbuvir pour le traitement de l’hépatite C, le principe de proportionnalité entre le prix de fabrication et le prix de vente n’est plus respecté. Les industriels du médicament déterminent maintenant les prix de vente de produits soi-disant « innovants » à partir d’études de marché cherchant à évaluer le prix maximum que les Etats sont prêts à payer pour soigner leur population. Avec ce que propose Medtronic dans la sphère des dispositifs, une nouvelle étape risque d’être franchie : les critères de choix économiques essentiellement objectifs sont mis de côté pour ne prendre en compte que les « bienfaits supposés pour le patient ». Anne Chailleu, présidente du Formindep, association qui défend l’indépendance de l’information médicale, ose, à juste titre, la comparaison suivante : « C’est un peu comme si un vendeur d’airbags, au lieu de vendre l’airbag au prix des coûts plus des marges, se mettait à le facturer au prix de la vie qu’il sauve lors de son usage. »[2]

Derrière ces nouveaux modes de calcul, il est possible de suspecter les laboratoires d’exploiter une des idées-forces qui fait florès dans notre société plutôt atomisée : la préoccupation d’un corps né pour la performance. Affiches et spots publicitaires avec mise en avant d’un corps « libéré », séjours de remise en forme, pratiques sportives intensives, émissions télévisuelles à l’exemple des « pouvoirs extraordinaires du corps humain » … , tous promeuvent l’idée de moments de vie réussis grâce à la maîtrise de corps toujours plus surprenants et aux sensations procurées au cours d’activités les plus inattendues, et laissent présager de futurs corps « augmentés »…

Cet attachement sans précédent à la santé, aux couleurs du bien-être, fait considérer celle-ci comme un capital que la collectivité a le devoir de préserver. De là, la démarche des fabricants à faire oublier la notion de prix pour lui substituer celle de valeur, considérant les économies réalisées en vue de sauvegarder le bien-être du patient pour les années à venir. Pour l’instant, il semble que cette annonce fasse office de « ballon d’essai », vu le flou des déclarations. Quels paramètres retenir pour la détermination d’une telle valeur : le gain en mobilité, ou en autonomie, l’absence d’épisodes douloureux…voire l’estimation de l’espérance de vie ? Autres questions : le vécu des patients sera-t-il pris en compte et comment ? Ne va-t-on pas aussi au-devant de réelles situations d’injustice, en privilégiant certaines vies plutôt que d’autres ? A moins que certains traitements ne soient accessibles qu’aux seuls patients suffisamment argentés ?

Enfin cette proposition de la part de Medtronic va à l’encontre de ce que nous, professionnels de santé, observons : quand la maladie vient frapper, la personne accepte d’autant plus facilement son handicap ou sa perte d’autonomie qu’elle a pu entretenir, sa vie durant, un réseau relationnel solide avec des proches et ami(e)s. C’est dans ces circonstances que l’être humain vérifie qu’il est d’abord un être de relation et qu’il expérimente véritablement les bienfaits de son état d’interdépendance avec autrui. Aussi paraît-il inconcevable que notre système de santé édifié sur le principe de solidarité soit miné définitivement par des modes de calcul de prix qui contreviennent à cet esprit.

Jean-Philippe Delsart

[1]https://www.franceculture.fr/societe/medtronic-comment-le-ndeg1-mondial-des-implants-cherche-a-transformer-notre-systeme-de-securite

[2] idem

 

Le pharmacien : maillon faible ou maillon fort ?

 Article publié par le Quotidien le 15 avril  et le Moniteur le 18 avril 2019

Comme tout professionnel qui met ses compétences au service des personnes, le pharmacien d’officine et son équipe ne peuvent s’exempter de réflexion éthique. Confrontés à des ordonnances parfois difficiles à honorer, aux nombreuses sollicitations des laboratoires, à des demandes de « dépannage » de médicaments, à des situations de détresses sociales, « les officinaux doivent prendre le temps d’une réflexion pour assurer des soins de la manière la plus ajustée. » comme l’a rappelé Cédric Liochon, jeune pharmacien rémois, lors d’un débat organisé par l’AFPC dans le cadre du dernier salon PharmagoraPlus. Puis de citer le juge de la Cour Suprême Potter Stewart : « l'éthique est de savoir la différence entre ce que vous avez le droit de faire et ce qu’il est bon de faire. »

Mais certains s’interrogeront : « N’a-t-on pas déjà le code de déontologie et le code de santé publique pour décider correctement ? » Or, comme nous l’a dit Dominique Folscheid, professeur émérite de philosophie morale et politique à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, « le droit tendant à envahir de nombreux domaines et se chargeant de remplacer les normes par des fonctionnementsperd son sens normatif pour se transformer en un filet de sécurité de plus en plus serré. Il risque même de venir organiser notre propre irresponsabilité. » Ainsi les réflexions d’ordre éthique ne peuvent être résorbées par des prescriptions exclusivement juridiques : « l’éthique n’est pas soluble dans le droit ».

L’éthique n’est ni une science, ni un système de règles. « L’éthique est la réflexion philosophique sur la pratique ». Un détour par la sémantique est nécessaire : êthos, qui signifie l’étable des animaux, correspond, pour nous les hommes, au monde humain : « L’éthique est là pour nous humaniser et nous faire habiter le monde, en nous aidant à nous conduire ». Mais éthos a à voir aussi avec l’habitude ; il s’agit alors d’imiter ce qui est déjà en place comme normes dans une société, « mais en les transposant dans le monde particulier des personnes en présence ». D’où cette différence entre morale et éthique : la morale fait appel aux normes en cours, alors que l’éthique demande réflexion.

Alors comment faire pour bien faire ? Parce qu’un patient n’est pas simplement un client, tout professionnel de santé opte pour le mieux-être de celui-ci et cherche à concilier une éthique des fins avec une éthique des moyens. La visée du bien est une perpétuelle « pesée », guidée par les idées de justesse et de justice. Pour cela, Aristote parle de phronesis qui recouvre les idées de prudence et de sagesse pratique. Dans le cas du pharmacien, ce concept associe « raison théorique / formation intellectuelle et raison pratique / connaissance du médicament». A partir de là, il est possible de définir un habitus complet qui est l’harmonie d’une manière d’être ou une disposition d’esprit, avec un savoir qui n’est jamais passif et constamment remis en question. Cet habitus s’acquiert « par le compagnonnage auprès de professionnels compétents et l’expérience au fil des années ».

Les professionnels de santé interviennent  de telle manière que leurs actes constituent une chaîne de soins, en pensant prioritairement au bien du patient. Or la solidité de toute chaîne dépend du maillon le plus faible. Les pharmaciens devraient-ils représenter ce maillon, par leur laxisme ou leur irresponsabilité ? Alors qu’à l’aide de leur jugement éthique,  « ils pourraient au contraire tenir lieu de premier maillon, assurant le premier accueil et la première instance d’orientation ».

Le Conseil de l’Association Française des Pharmaciens Catholiques

 

A l’écoute des personnes en grande précarité

Article publié dans le Quotidien du pharmacien le 28 février 2019

Notre profession a perçu depuis quelques années l’intérêt de personnaliser l’accompagnement des patients, notamment ceux traités pour maladies chroniques. A l’expérience, de nombreux confrères restent désarmés face à de tels patients en situation de grande précarité. Derrière ce constat, une question : ces derniers ne nous incitent-ils pas à revenir vers les fondamentaux de la communication qui veut se faire bienveillante ? Tel  fut le sujet de la dernière journée de formation organisée par l’Association Française des Pharmaciens Catholiques en partenariat avec l’Association Catholique des Milieux Sanitaires et Sociaux. En résumé, trois verbes ont retenu l’attention des participants.

Ecouter. Après plusieurs témoignages de soignants, Christian Mongin, médecin au COMEDE (comité pour la santé des exilés), est revenu sur l’absence de formation des professionnels de santé pour accueillir des populations en grande difficulté : « Ne connaissant pas ces situations, nous sommes le plus souvent submergés par l’émotion, la peur, le rejet, la compassion ou la culpabilité et il nous faut acquérir des outils pour prendre du recul. » L’attention que l’on porte aux personnes dès le premier instant est déterminante pour la suite car « elles s’approprient le regard que l’on pose sur elles ». De là un certain nombre de critères de vulnérabilité à connaître pour mieux identifier ces personnes : insécurité administrative, couverture sociale incomplète, difficultés d’expression, isolement… Ecouter est primordial car c’est donner à son interlocuteur l’espace dont il manque souvent pour s’exprimer et se dire. Suite à cette intervention, deux personnes ayant vécu dans la rue pendant plusieurs années ont témoigné de la peur que de très nombreuses personnes en situation de précarité ont des professionnels de santé et le plus souvent de l’absence de considération quant à  leur santé, enfermées dans une logique de survie.

Dialoguer. La mission d’un professionnel de santé est d’être compris par son interlocuteur. Ce qui demande à s’adapter à celui-ci.  Depuis quelques années,  un certain nombre de soignants veille à s’adresser différemment à leurs patients en prenant en compte leur  niveau de littératie en santé. Cette notion, soulignée par Pierre-Yves Traynard, coordinateur du Pôle de ressources Ile de France en Education thérapeutique du patient, est définie comme la capacité de trouver, de comprendre, d’évaluer et d’utiliser des informations pertinentes pour sa santé. Elle est aussi reconnue comme déterminant important en matière de santé, car un faible niveau de littératie correspond à une moindre chance d’être en bonne santé. De là la règle n°1 : mieux connaître ses patients pour « se mettre dans la peau des gens auxquels on s’adresse, mais ce n’est pas facile ! »

Transmettre : un temps d’échange entre les participants a été réservé à la question de la transmission des informations à des collaborateurs et à d’autres professionnels. Car l’accueil des personnes les plus fragiles doit être l’affaire de tous. Il en est ressorti d’abord que les informations à partager ne peuvent qu’être d’ordre factuel, et que seules les données intéressant les réels besoins des personnes doivent être retenues. Aucune place pour les impressions ou les ressentis. D’autre part, il est nécessaire que l’accord des intéressés soit confirmé. Par ailleurs, il est indispensable, de l’avis de tous les professionnels, que ces temps d’écoute et d’échange avec des personnes en grande difficulté soient reconnus comme temps de travail par nos instances tutélaires et donc rémunérés comme actes de soins.

En conclusion, il s’agit, pour tout soignant, d’ « apprendre à voir », ce qui permettra écoute et dialogue justes avec chaque patient.

Le Conseil de l’Association Française des Pharmaciens Catholiques

 

LE NOMBRE DE PORTES POUSSEES EST-IL ENCORE PERTINENT ? 

Novembre 2018

Pour démontrer la disponibilité du pharmacien de ville et l’efficacité du réseau officinal, la profession a souvent mis en avant le nombre de fois qu’une porte d’officine est poussée par jour : grâce aux 22 000 officines implantées dans les endroits les plus variés, il est possible d’atteindre aujourd’hui les trois millions de fois ! Chiffre exorbitant et qui pousse à s’en enorgueillir. Question quantité, on peut en être fier.

Mais question qualité, n’a-t-on pas intérêt à s’interroger ? Et surtout doit-on continuer à avancer un tel critère ? La délivrance d’une boîte de paracétamol et d’un antiacide, avec les conseils adéquates, ne pose pas de problème. Celle d’un dentifrice et d’une crème pour les pieds ne demande pas non plus de longs discours. Celle d’un lait anti-régurgitation pour bébé ou d’un complément nutritionnel oral demande davantage de disponibilité. Quant à une première délivrance de chimiothérapie orale ou celle d’un traitement post-infarctus, vous savez ce qu’il en compte de temps et de patience !

A vouloir mettre en avant la facilité avec laquelle le pharmacien est accessible, ne risque -t-on pas de fausser les représentations de laprofession comme celles de nos lieux d’exercice ? En effet nombre de nos contemporains n’ayant connu que le seul modèle de la société de consommation n’ont en tête que la logique G.M.S.  (grandes et moyennes surfaces)  : entrant à l’officine comme dans un moulin, ils sont davantage préoccupés par les prix et ont bien peu de considération pour les professionnels y exerçant.

La performance « nombre de portes poussées » a pu avoir un certain impact « dans le temps », participant à l’heure de gloire de la pharmacie à la française. Mais si l’on persiste avec un tel discours d’autocélébration, que va-t-il advenir de notre crédibilité, à l’heure où de nouveaux services vont demander encore plus de

compétence et professionnalisme, seuls critères favorables à notre survie ? N’oublions pas aussi que derrière ces exigences, un minimum de discernement éthique est parfois requis pour assurer délivrances et conseils personnalisés.

Alors comment restructurer nos lieux d’exercice, avant que les G.M.S. soient plus inventives que nous ? N’avons-nous pas intérêt à revoir nos lieux de confidentialité avec des postes assis, à les multiplier, à créer des espaces « ventes rapides », à réguler les files d’attente en fonctionnant sur rendez-vous … ? Les initiatives ne peuvent être que les bienvenues pour restaurer le pharmacien d’officine comme soignant à part entière.

Jean-Philippe Delsart

Priorité à de nouvelles relations interprofessionnelles

Texte publié par le Quotidien du Pharmacien le 4 avril 2018 et par le Moniteur des pharmacies le 21 avril 2018

 Notre système de santé est sur le point de connaître des bouleversements considérables en raison des innovations de rupture, principalement au niveau technologique et numérique, modifiant complétement les moyens diagnostiques et thérapeutiques. A terme, ces bouleversements ne seront pas sans conséquences au niveau économique, sociétal et éthique.

En vue de répondre à ces défis, la nouvelle Stratégie Nationale de Santé ainsi que la présentation récente des cinq chantiers prioritaires faite par le gouvernement pour une réforme globale du système de santé sont tout à fait ambitieuses. Parmi les objectifs d’amélioration de la santé qui pourraient impacter l’exercice officinal, on peut citer : l’amélioration du repérage, du dépistage et de la prise en charge des pathologies chroniques, la prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées, l’amélioration de la pertinence des prescriptions, le renforcement des actions de prévention…

Ces textes mentionnent aussi la structuration des soins primaires en vue d’assurer la qualité et la continuité des parcours de soins, le développement des prises en charge au plus près des lieux de vie, la lutte contre les inégalités territoriales d’accès à la santé, la généralisation des usages du numérique en santé…

Pour nous, pharmaciens, de nouvelles missions seraient envisageables, si elles se conçoivent dans le cadre d’un rapprochement plus affirmé avec les autres professions de santé. S’il existe bien aujourd’hui la volonté de mettre en place une politique plus cohérente de santé, celle d’accroître l’implication des usagers et celle de prendre la mesure de la totalité des enjeux humains, ces textes ne soulignent guère la priorité de transformation des relations interprofessionnelles au service d’une plus grande fluidité des parcours de soins et la mise en place d’une véritable politique de promotion de la santé.

D’autre part, ce projet de reconfiguration ne passe-t-il pas aussi par la sollicitation plus soutenue de chaque profession en fonction de chacune de ses expertises afin que chacune y trouve une place bien définie, sans venir en concurrencer d’autres ? Enfin la convocation régulière de l’ensemble des professionnels et d’associations de patients ne permettrait-elle pas d’en arriver à des projets qui fassent consensus, spécialement l’amélioration du résultat des soins pour chaque patient, ce qui éviterait par la même occasion les pressions corporatistes mal venues ? Ce recentrage de notre politique de santé tenant compte des apports concertés de l’ensemble des professionnels serait l’occasion d’affirmer les valeurs qui les mobilisent.

Comment participer à notre niveau à cette transformation en vue de redessiner le monde de la santé ?Le Conseil de notre association, représentatif des diverses compétences de notre profession, se propose comme un lieu indépendant des pouvoirs pour réfléchir librement avec d'autres aux enjeux et au sens à donner à ces mutations. Aussi tout pharmacien, quelles que soient ses convictions, souhaitant travailler dans ce sens sera le bienvenu.

Le Conseil de l'Association Française des Pharmaciens Catholiques

 

Comment clarifier nos relations avec l'industrie ?

Janvier 2018

Les pharmaciens d'officine sont bien souvent attaqués en raison de leur dépendance à l'industrie pharmaceutique, principalement à partir des médicaments qu'ils sont amenés à conseiller.

La toute récente enquête de ''60 millions de consommateurs'' pointe l'efficacité douteuse mais surtout la dangerosité d'un grand nombre de ces médicaments, et souligne à nouveau l'intérêt pour notre profession de référencer ces produits en vue d'améliorer notre marge bénéficiaire. Les années se succèdent et les reproches grossissent et s'accumulent, avec le risque d'être dénigrés pour notre incompétence et notre mercantilisme ...

La diversification des services semble aujourd'hui incontournable. Mais une des solutions peut venir de la création d'un nouveau statut pour le médicament conseil, comme veut le proposer notre nouvelle présidente de l'Ordre. La possibilité de prescrire ces médicaments – avec, si possible, des prix encadrés pour éviter de trop grands écarts entre officines - nous obligerait à la fois à évaluer scientifiquement l'intérêt de telles délivrances, et à tracer informatiquement chacune d'elles dans un dossier patient - ce qui peut incliner les mutuelles à s'intéresser au remboursement de ces médicaments. Qui dit responsabilité assumée dit considération restituée. Cette proposition a aussi l'avantage de rappeler que le pharmacien est le spécialiste du médicament , au cas où d'autres professionnels seraient tentés de faire bouger les lignes en demandant de décharger les médecins d'un certain nombre de prescriptions....

D'autres questions sont à prendre en compte. D'abord si le pharmacien veut continuer à être le spécialiste du médicament, ne doit-il pas passer par des formations totalement indépendantes ? Question récurente. Cela vaut déjà pour l'ensemble des formations post-universitaires pour une dispensation de connaissances vraiment évaluées et reconnues par des comités d'experts. A ce sujet, l'Ordre ne pourrait-il pas réactualiser un contrôle soutenu des participations régulières de chacun, manière de préserver un niveau de compétence minimum ?

Par ailleurs, qu'en est-il des formations universitaires ? Dernièrement une charte éthique et déontologique vient d’être adoptée par les doyens des facultés de médecine,et d’ondotologie et comporte 11 engagements pour les facultés dont notamment le financement externe des facultés et les bonnes pratiques pédagogiques dans les relations avec les industries de santé. Pourtant si la conférence des doyens de pharmacie avait pris également part à l'élaboration de cette charte, elle ne s’y est finalement pas associée, en raison des points suivants de divergence: d'une part, les pharmaciens formés ne sont pas dans une position de prescripteur - mais qui dit qu'ils ne le seront pas un jour? - d'autre part, les études de pharmacie permettent d'orienter certains étudiants vers l'industrie du médicament, et là on sait que des industriels interviennent dans la formation en raison de leur expertise spécifique du milieu industriel. Aussi suite à ce désaccord, la conférence des doyens de pharmacie veut proposer prochainement sa propre charte, en tenant compte des spécificités de la formation, de la charte de la Conférence internationale des doyens d'expression française, et des initiatives déjà mises en place dans certains facultés. Gageons que nos facultés s'orientent vers des pratiques qui soient en totale adéquation avec les exigences déontologiques et d'intégrité éthique, afin qu'elles deviennent des lieux de formation exemplaires.

La suspicion continuelle de notre dépendance à l'industrie constitue en partie notre talon d'Achille et la pression médiatique nous force à la clarifier. Mais comment s'en distancer ? Même si nous ne sommes pas pour l'instant prescripteurs, nous participons grandement à la commercialisation de médicaments au rapport bénéfices / risques défavorables, et "non statistiquement plus efficaces qu'un placebo"! Par ailleurs les théories du complot dans le domaine de la santé ne sont pas prêtes de s'éteindre du jour au lendemain, les "affaires" concernant les vaccins ont dernièrement relancé les polémiques. Pour pas mal de temps encore, seules une compétence régulièrement mise à jour et une vigilance constante pourront favoriser de la part de nos patients le changement de regard que chacun de nous attend.

Jean-Philippe Delsart

 

Vous voulez nous aider  !

Depuis quelques années, de nombreuses prescriptions nous posent problème, pour plusieurs raisons  :
- médicaments dont le rapport bénéfices /risques défavorable est avéré, soit à la suite de leur utilisation depuis plusieurs années avec signalements auprès des centres de pharmacovigilance, soit dès leur commercialisation après des essais réduits et non conformes (absence de comparaison avec des molécules de référence, unique comparaison versus placebo...)
- médicaments prescrits à des doses ne correspondant pas à ce que préconisent le fabricant dans leur A.M.M.
- médicaments prescrits pour des indications hors A.M.M.
- interactions médicamenteuses déconseillées voire dangereuses
- enfin médicaments prescrits ne correspondant pas au contexte clinique connu
Ces situations sont tout à fait inconfortables quand le médecin maintient sa prescription  ; elles procurent un sentiment d'insatisfaction par rapport à la qualité de notre service, tant à l'égard de nos patients qu'à l'égard du bien public  ; enfin notre responsabilité est évidemment engagée en cas d'accident.
Le refus de délivrance est évidemment reconnu, à nous de le signaler et de le tracer  ; l'opinion pharmaceutique est aussi une réponse à notre embarras parce qu'elle permet de présenter notre désaccord d'une manière claire et documentée grâce à des recherches approfondies. Pour ces deux décisions, c'est notre compétence professionnelle que nous mettons en avant.
A d'autres occasions, même si certaines doses ou associations ou nouvelles prescriptions sont défendues par le prescripteur, il nous semble de notre responsabilité de ne pas souscrire aux arguments mis en avant par ce dernier (référence à son expérience clinique, ou à des modes de prescription hospitalière, préconisation douteuse de la part du fabricant, soi-disant essai thérapeutique...). Dans de tels situations, notre désaccord relève d'un jugement personnel fait en conscience. C'est ce jugement qu'il convient de faire valoir, car ici aussi, il en va de la santé de nos patients comme de celle des finances publiques. Une clause de conscience serait particulièrement utile à l'ensemble de notre profession pour nous engager dans une prise de décision pleinement libre et responsable.
Aussi pour que notre association continue à démontrer l'importance d'une clause de conscience, nous avons besoin de vous afin d'étoffer ce dossier à l'aide d'ordonnances que vous jugez problématiques. Vous pouvez nous les transmettre facilement après les avoir scannées. Dans votre courrier, vous êtes évidemment dispensés de mentionner votre décision finale, car celle-ci n'appartient qu'à vous.
Avec tous nos remerciements pour ce surcroît de travail, mais l'avenir de notre profession en dépend.

Le Conseil de l'Association Française des Pharmaciens Catholiques (novembre 2016)

 

Gratuité et rémunération : où se termine l'une, où commence l'autre ?

 Après lecture de l'étude de la Fondation Concorde intitulée « Pharmacie d'officine : quelles évolutions pour répondre aux défis de demain »*, on ne peut que saluer l'ampleur de la réflexion et la pertinence des orientations proposées. D'autant qu'on ne tourne pas autour du pot : « Ils [les pharmaciens] doivent prendre conscience qu'une mobilisation réelle doit se faire, pour que les changements soient possibles ». L'ensemble de ce texte diffère grandement des solutions simplistes bien souvent avancées pour colmater quelques brêches et faire miroiter une augmentation facile du chiffre d'affaires.

Quelques interrogations parcourent ce texte, parmi lesquelles : comment déterminer le prix de ces nouveaux services ? Et qui va payer ? Questions qui s'accompagnent d'une remarque impossible à occulter : « Si l'Etat ne prend pas en charge, il sera nécessaire... d'habituer les pharmaciens eux-mêmes à les faire payer, ce qui n'est à l'heure actuelle pas dans leur culture. »

Il semble important de s'arrêter sur ce comportement : qu'est-ce qui fait que les pharmaciens ont acquis cette culture ? Sont-ils si « coincés » qu'ils le paraissent ? Rappelons que leur rémunération dépend par principe de la vente du médicament, fabriqué historiquement dans leur préparatoire et depuis maintenant longtemps conditionné industriellement, avec un prix de vente imposé par l'Etat. Des produits les plus divers, quant à leur efficacité voire même quant à leur intérêt en officine, sont venus par la suite compléter leurs offres, procurant un complément de chiffre d'affaires, actuellement indispensable pour assurer un relatif équilibre économique. Ainsi on peut penser que cette réticence à faire payer autre chose que du médicament ou du parapharmaceutique s'inscrit dans une culture du conseil et de l'oral. Alors que le conseil délivré oralement vient accompagner chaque dispensation, le concept de service reste quelque peu étranger au monde officinal. A l'exemple des entretiens pharmaceutiques qui sont censés impulser une nouvelle dynamique, le service renvoie aux idées d'utilité en termes de santé publique et de source d'économie pour les finances publiques, grâce à une validation par des études scientifiques ; pratiqué dans un cadre de « bonnes pratiques », avec obligation de trace écrite et grâce à une expertise strictement pharmaceutique, son paiement valorise ce type d'acte. Mais on connaît les oppositions du corps médical à accorder quelques prérogatives à notre profession. Alors n'est-il pas probable que celle-ci ne se lancera dans de nouvelles activités qu'à partir du moment où des accords interprofessionnels nationaux auront été signés, définissant précisément les actes confiés et les parts de responsabilité de chacun, avec la mise en place de formations validantes.

Aussi cette difficulté à demander une rétribution est-elle à mettre en relation avec une relative prudence et une certaine honnêteté intellectuelle de la part des pharmaciens, chacun considérant d'abord les bénéfices en matière de santé publique des services, mais cherchant par ailleurs à préserver des relations les plus « cordiales » avec les prescripteurs les plus proches. Le succès mitigé de la mise en place de T.R.O.D. (tests rapides d'orientation diagnostic) peut s'expliquer ainsi. La recherche de respect vis-à-vis des différents protagonistes permet aussi de préserver une certaine identité de professionnels de santé, à la différence de « prestataires de service » cherchant à « ponctionner » à leur manière leurs clients. Par exemple serait-il juste de concevoir un paiement lors d'une prise de tension ou d'une recherche de glycémie capillaire occasionnelles, ces actes relevant plus du complément d'information ou d'une aide au diagnostic en cas de malaise.

Tout acte posé dans une officine doit-il avoir une valeur marchande ? Il semble que si notre profession reste encore largement appréciée par le public, c'est que son exercice préserve une certaine part de gratuité. Cette part de non-monnayable est inestimable car témoigne du souci d'autrui. A nous de relever le défi de conjuguer nouvelles compétences, nouveaux services et nouvelles rémunérations avec capacité d'accueil de l'humain afin de rester des « sachants humanistes ».

Le Conseil de l'Association Française des Pharmaciens Catholiques (Mai 2016)

*http://www.fondationconcorde.com/publications-fiche.php?id=155

 

Questions autour du monopole pharmaceutique

À un moment où le monopole pharmaceutique est sévèrement attaqué et semble gravement fragilisé, il n'est peut-être pas inutile de se poser quelques questions à son sujet 

Il y a bien longtemps, le monopole pharmaceutique a été conçu par le législateur dans le but de préserver la santé publique : considérant l'importance d'utiliser à bon escient et de façon adéquate les médicaments, il réserve la possibilité de les délivrer et de les vendre aux seuls pharmaciens (et préparateurs en pharmacie exerçant sous leur responsabilité) afin que ceux-ci, de par leur formation et leur connaissance de ces mêmes médicaments, agissent au mieux pour la santé publique, c'est à dire des personnes franchissant le seuil de l'établissement où ils exercent.
Ce faisant, ce monopole offre, entre autres choses, à ce professionnel de santé, une possibilité tout à fait particulière, celle de pouvoir refuser, lorsqu'il l'estime nécessaire, la vente de certains dispositifs médicaux ou substances, lorsqu'il estime que ceux-ci ne seront pas bénéfiques à la santé des personnes venant les réclamer. Il crée un espace de liberté, pour le pharmacien, indispensable au service de la santé.

Puis, il y a plusieurs années déjà, apparut la RU489, qui mit pour la première fois les pharmaciens en situation de délivrer personnellement une substance abortive. Parmi ces derniers, de la même façon que chez les médecins longtemps auparavant, se trouvèrent des personnes réclamant que leur soit reconnu, clairement, d'un point de vue légal, un droit de refus de délivrance de cette molécule pour raison de conscience. En effet, le pharmacien se retrouvait, à partir de cette date, et pour la première fois, devant des demandes de substances destinées à supprimer des enfants à naître, là où auparavant sa seule mission avait été, au contraire, de les aider à naître dans les meilleurs conditions possibles, et cela, en faisant absorber à leur mère une substance n'apportant, au sens commun du terme, aucun bénéfice à sa santé. Cette demande aurait dû appeler, logiquement, le même type de réponse que celui donné aux autres professions de santé environ trente ans auparavant.
Pourtant, peu de temps après, la DGS faisait savoir qu'elle estimait que les pharmaciens ne pouvaient bénéficier de cette même "clause de conscience" accordée naguère aux autres membres du corps médical affrontés à la même situation.

Paradoxe : entre autres arguments avancés à l'époque pour justifier cette négation, fut mis en avant le monopole pharmaceutique. Ce dernier, par un étrange retournement, était présenté comme un état de fait obligeant le pharmacien à délivrer la RU 489, car personne d'autre que lui n'était détenteur du droit de la fournir (il est à noter que le fait que seuls les médecins aient le droit de "procurer" un avortement n'avait pas posé tant de problèmes dans les années soixante-dix …). Ce qui, à l'origine, avait été un outil permettant au pharmacien de refuser de délivrer des substances estimées mauvaises pour une personne se retrouvait donc être, pour l'objecteur de conscience, un argument destiné cette fois à le contraindre à faire l'inverse (car l'objecteur de conscience agit avant tout selon cette conviction).

Après un certain nombre d'autres affaires, dont celle du Médiator® a été la plus médiatisée, montrant qu'une conception clairement rappelée et réaffirmée du monopole pharmaceutique et donc du refus de délivrance y afférent aurait pu permettre au pharmacien de mieux faire entendre sa voix dans l'espace de la santé publique, et d'y tenir son rôle, ne serait-il pas le moment de s'interroger à nouveau à son sujet ?
La crise actuelle qui en provoque la sévère et inquiétante remise en question ne serait-elle pas due en partie à un progressif et lent effacement du souvenir de l'état d'esprit dans lequel il avait été conçu ?

Le Conseil de l'A.F.P.C
Décembre 2014.

 

Rôle du pharmacien comme acteur de santé à l'heure du numérique

"On ne peut pas voir le pharmacien d'officine rester en arrière car il doit jouer un rôle de facilitateur !" affirme Éric Salat, directeur des programmes pédagogiques Think Meded et membre du collectif inter associatif TRT-5. C'est une des idée-force à retenir de la table ronde qui a été organisée par l'Association Française des Pharmaciens Catholiques au dernier salon Pharmagora sur le thème : "Prescriptions et délivrances à distance, sécurité et confidentialité en jeu".

Avec lui, deux autres intervenants : Christophe Courage, avocat et membre de l'Association Française du Droit de la Santé, a rappelé la législation qui s'est mise en place depuis 2012 pour encadrer le commerce électronique du médicament. Mais ce sont les enjeux éthiques qu'il s'est efforcé de développer. Ainsi la question de la sécurité du patient avec le risque d'usurpation d'identité. Ou celle de l'absence d'interaction pharmacien-patient avec le recours aux réponses automatisées reléguant aux oubliettes le devoir de conseil du pharmacien.

Delphine Chadoutaud, pharmacienne, vice-présidente du syndicat de l'Essonne et animatrice du blog pharmaciensencolere.fr conteste la transformation de site officinal en site exclusivement marchand et rajoute : "La chaîne du médicament a été parfaitement sécurisée en France, mais la décision de vente de médicaments par internet a été accueillie pour la plupart d'entre nous comme un véritable pavé dans la mare ! " Elle évoque elle aussi le risque de passer à côté d'une pathologie importante tant qu'on n'a pas le patient en face de soi : "rien ne peut remplacer le relationnel direct pour appréhender le maximum d'éléments qui conduisent au soin le plus adapté."

Si certains font le choix de s'engouffrer dans ce nouveau commerce promouvant une hyper consommation de médicaments et produits de toutes natures, on peut aussi se demander comment profiter de ces technologies pour développer de nouveaux services. C'est ici qu'Éric Salat se réfère à son expérience personnelle : gravement malade, il a réussi à faire collaborer le pharmacien de l'hôpital dans lequel il était hospitalisé et son pharmacien de ville. Puis, sur sa demande, l'ensemble des prescriptions des médecins spécialistes transitait par l'intermédiaire des pharmaciens hospitaliers vers son pharmacien de ville, lequel assurait le lien avec le médecin traitant. C'est ainsi que «"ce pharmacien a développé un rôle de facilitateur. Car d'une part dans chaque parcours de soin, vous êtes le passage obligé puisque vous détenez le médicament. Ce médicament qui est à la fois sésame et danger, vous en êtes l'expert pour en assurer la meilleure utilisation et éviter toute erreur. D'autre part, en vous rapprochant des patients aux pathologies lourdes (par exemple en assurant la livraison des médicaments), vous facilitez leur accès aux soins et les aidez à retrouver davantage d'autonomie."

«C'est un rôle à reconquérir car il y a risque sur l'organisation des soins au cas où des sociétés privées interviendraient.» L'outil électronique doit être utilisé de telle manière qu'il vienne renforcer sécurisation et confidentialité des données : «La m-santé doit passer par des plate-formes localisées avec des filtres humains, et les pharmaciens pourraient être les premiers de ces filtres.» Bel avenir pour ceux qui feront le choix de se positionner comme acteur de proximité dans cette nouvelle forme de chaîne du soin."

Cet article est paru dans le Quotidien le 28 avril 2014

Le conseil de l'Association Française des Pharmaciens Catholiques

Les pharmacies "low cost" : réactions

Le journal La Croix a publié le 24 mars 2014 un article au sujet des pharmacies "low cost"; cet article laissait entendre que ce nouveau concept ne pouvait qu'être profitable à la fois aux pharmaciens et à leurs clients.
Comment ne pas réagir à cette vision et dénoncer qu'une telle stratégie orchestrée par quelques affairistes ne peut qu'abimer davantage la profession et déstabiliser définitivement le tissu officinal.
Surprise : La Croix n'a pas jugé important de prendre en compte notre courrier. La signature de la part d'une association semble rédhibitoire pour son comité de rédaction, assimilant peut-être l'envoi d'un tel texte à une missive corporatiste.
A chacun alors d'écrire quelques lignes lorsque l'honneur de la profession paraît menacé.
Voici le texte que nous avions envoyé :

Les ravages des pharmacies low cost

Nous avons souhaité réagir à votre article du lundi 24 mars 2014 au sujet des pharmacies low cost car vous ne faites aucune allusion quant aux risques de l'extension de telles officines.

Pour commencer, voici ce qu'une consœur exerçant tout près d'une de ces pharmacies que notre quotidien semble découvrir nous a rapporté: « Madame, je viens vous voir pour que vous m'expliquiez mon ordonnance, car dans la pharmacie d'à côté où je suis allée, ils ne m'ont rien dit. » Cette demande nous paraît tout à fait significative du mode de fonctionnement de ces officines et de ses conséquences.

Que la solution aux difficultés économiques que connaît la majorité des officines soit dans le regroupement pour constituer des réseaux qui puissent faire pression sur les industriels et obtenir de meilleures conditions d'achat, c'est indéniable. Car il n'est plus possible depuis plusieurs années de rester isolé si l'on veut proposer des médicaments-conseil ou des produits de parapharmacie à un prix raisonnable. Mais casser les prix comme le font ce type de surfaces, n'est-ce pas aussi casser le conseil ? Et banaliser le médicament qui ne peut devenir un produit de consommation courante ? Or n'oublions pas qu'il s'agit de produits de santé ! Aucun produit ou médicament ne doit se vendre sans conseil, même ces produits pré-vendus par les média qui donnent l'impression au « consommateur » de tout savoir après avoir vu un spot télévisuel. Le souci de santé publique qui mobilise encore la majorité de la profession officinale a un coût car il en va de la compétence et de la disponibilité des équipes, lesquelles par leur conseil apportent une valeur ajoutée aux produits et médicaments délivrés.

Par ailleurs, le rapprochement de ce type d'officines avec la grande distribution semble aller de soi pour l'auteur de l'article, un peu comme une mutation obligée pour la pérennité des officines. Mais c'est d'une part oublier que ces nouvelles surfaces déstabilisent dangereusement le tissu officinal, occasionnant immanquablement la fermeture de petites officines, elles qui sont bien souvent des lieux d'information et d'éducation à la santé. C'est d'autre part occulter le risque insidieux de voir se développer des chaînes de pharmacies : en favorisant ce type de logique économique, ne va-t-on pas assister peu à peu à la mainmise d'un petit nombre d'affairistes, pharmaciens ou non, sur un plus grand nombre d'officines en installant des confrères qui seront alors soumis aux impératifs économiques imposés par le groupe et perdront du coup toute indépendance. L'aspect libéral de la profession disparaîtra pour privilégier le seul côté commerçant, et ainsi promouvoir la course à l'hyper consommation de produits et de médicaments de toutes natures...

Face au développement de telles structures, le droit a plutôt laissé faire, la DGCCRF. favorisant d'ailleurs une plus grande concurrence, tendant à faire croire au plus grand nombre qu'on peut se soigner mieux avec plus de médicaments moins chers ! Parasitant en cela le message qu'on peut se soigner autrement qu'en consommant du médicament. Nos instances professionnelles ne peuvent qu'assister au désastre, à partir du moment où il n'y a pas de comportement anti-déontologique ! Reste l'éthique. Ici c'est à chacun, seul et avec d'autres confrères, de travailler cette dimension pour prendre de la distance par rapport au tout-économique et donner du sens à son exercice de professionnel de santé, notamment par la dimension relationnelle qui s'y joue. On sait combien l'officine reste appréciée par la population car elle représente le poste avancé de notre système de soins, cet espace de santé où un professionnel peut assurer un conseil, une information et un premier soin en toute gratuité et sans aucun rendez-vous ! En fin de compte, n'aurait-il pas été préférable de souligner l'urgence d'une autre rémunération pour les pharmaciens à partir de la reconnaissance de l'ensemble des actes pharmaceutiques posés au quotidien plutôt que d'en rester au seul bénéfice proportionnel au volume de boîtes vendues.

avril 2014

 

Pour contacter l’Association Française des Pharmaciens Catholiques, cliquer ici.

 

 

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